Benoît Biteau, paysan agronome

Benoît Biteau, paysan agronome

Carnet de deuil :l'animal totem s'en est allé cette nuit

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[Carnet de deuil, 10 décembre 2020]

Une page se tourne à la ferme Earl Val de Seudre Identi'Terre

Stéphanie et Benoît Biteau,
Jean-Michel et Jacques,
Lulu le mulet,
les chèvres poitevines, et les boucs,
les ânesses et baudets du Poitou,
les vaches maraîchines et leur taureau Neptune,
les juments et chevaux poitevins avec Tocard et Eole,
les poules de Marans avec le coq Charlie,

ont le regret de vous faire part du décès du bel et gentil taureau Abruti cette nuit, âgé d'une quinzaine d'année. Il est parti sans souffrir, de mort naturelle, de vieillesse, dans son pré où il passait sa retraite paisible.

Vous, âmilitants, qui avez offert ce cadeau d'anniversaire, avec une cagnotte, nous vous remercions d'avoir permis la fin digne de cet animal entré désormais dans l'histoire de notre ferme écocitoyenne par la très belle photo de Coline Le Moing , et la couverture du livre de Benoît :

"Paysan résistant!" édition Fayard.

Abruti nous aura permis de vivre des moments épiques lors de transhumances solidaires en sa compagnie, de très belles reproductions de cette race ancienne, pour sa sauvegarde.
C'était un animal attachant et calme, docile et impressionnant de beauté et de gentillesse, de force tranquille.

Il est sans doute le seul Abruti au monde que nous regretterons.

C'est un animal totem désormais. Le notre.

Taureau animal totem alchimique. Totem puissant représentant les Forces naturelles qui partent de la Terre. Il donne force et courage.

Abruti, paix à ton âme qui flottera pour l'éternité sur Berthegille.

Lorsque nos animaux partent ainsi, après une vie commune bien remplie et sans souffrances, élevés dans le respect, leur départ n'est que la fin du chemin d'une vie à nos côtés, sans aucun sentiment de culpabilité mais avec une grande reconnaissance, affection et tendresse. Merci à Abruti de nos échanges réciproques. Quelle belle vie avons-nous eue ensemble. .

 

 

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Benoît Biteau se sent ému.
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[Abruti, mon ami…..]
Depuis ce matin, mon ami Abruti, avant que les souffrances ne le rattrapent, a décidé, paisiblement comme il a vécu son existence, de quitter ce corps de plus en plus décharné, conséquence d’un métabolisme défaillant infligé par le temps qui passe, inexorablement, et que personne ne peut enrayer.
Jusqu’au bout, l’un et l’autre avons respecté ce « contrat » moral qui liait nos deux destins, converti en une proximité, une complicité et un respect réciproques palpables pour qui nous observait.
Plus qu’un animal, un compagnon, un ami, un complice dont le contact à chacune de mes « astreintes » à la ferme, entre chaque étape du combat parlementaire mené pour proposer une agriculture plus durable, plus responsable, plus citoyenne, me permettait de me ressourcer, de me retrouver, et de m’immerger à nouveau au cœur de ce métier de paysan, d’éleveur, que j’ai résolument choisi, avec les orientations vertueuses que vous savez, justement pour vivre ces moments-là d’apaisement, de soulagement et de satisfaction à pouvoir démontrer qu’une autre voie est possible, qu’elle est épanouissante et que bien plus qu’un métier, elle nous reconnecte à la Terre, à ses vertus, aux fondamentaux, au bon sens paysan et à la relation à la vie…..et à la mort aussi. Mort qui justement participe à mesurer la valeur, la magie, la merveille de cette vie quand on sait la recevoir, l’apprécier et la cultiver.
Abruti symbolisait aussi l’état d’esprit de notre ferme et la nature des relations choisies avec les animaux, dont la totalité des reproducteur.trice.s finissent leur longue (parfois très longue même !) vie au pré, au milieu de leurs congénères.
C’est la raison pour laquelle j’avais souhaité qu’il apparaisse à mes côtés sur la couverture du livre « Paysan Résistant ! » édité chez Fayard et que son histoire soit évoquée dans le prologue de ce livre. Cette image, cette histoire symbolisent aussi la volonté sociétale d’émergence d’une autre agriculture, dans laquelle les citoyens sont près à investir. Merci infiniment à l’ensemble des co-propriétaires de cet animal merveilleux.
A lui, et à l’ensemble des 130 animaux qui partagent la formidable aventure de cette ferme atypique, mais porteuse de tellement d’espoirs, afin d’entretenir notre relation de confiance, je leur dis souvent : « Tant qu’on est là, tout ira bien ! ». Et ça les rassure !
Et ce n’est pas sans émotion que j’ai entendu à nouveau ces mêmes mots dans la bouche d’un autre éleveur participant à l’excellent film d'Oliver Dickinson: "Un lien qui nous élève" https://www.facebook.com/unlienquinouseleve/ . Comme c’est encourageant de constater que d’autres, de la génération montante, ont compris cette évidence.
Alors infiniment merci, mon ami Abruti, pour avoir su t’employer à ce que tout aille bien tant que tu as été là, et surtout pour avoir su être, dans mon parcours d’éleveur, l’un des compagnons ayant su bâtir la puissance de ce lien, pourtant simple, qui nous élève. Et ça, s’est acquit pour toujours……
Merci à Jacques & Jean-Michel d'avoir veillé sur lui ces derniers jours avec bienveillance et à Stéphanie Muzard de savoir lui rendre hommage après t'être investie pour qu'il puisse finir sa vie ici et avec nous.

"Prologue
La mascotte de la ferme…en couverture du livre !

La symbolique est forte de nous retrouver, mon taureau et moi, complices en couverture de ce livre consacré à l’agriculture.
Le principal investissement que j’engage en direction de mes animaux est dans la relation, la complicité que j’instaure avec eux. Et le taureau, Abruti - son nom a été choisi par les élèves du lycée agricole où il est né ! -, n’échappe pas à cette logique. Mieux, elle est une priorité face à des animaux aussi imposants, jouant le rôle dominant de reproducteur et à qui il est crucial d’inculquer le respect pour pouvoir établir entre nous un partenariat de qualité et ne mettre personne en danger. Après quelques semaines de découverte et d’échanges réciproques, le fameux Abruti devient d’une docilité rare, appréciant sans modération le contact avec l’homme. Tout comme ça avait été le cas de son prédécesseur Ursule ou de Fernandel, l’actuel taureau reproducteur de la ferme. Bientôt ce sera au tour de Neptune de se montrer digne de tous ses prédécesseurs.
Chacun d’entre eux a son caractère, sa nature, un peu comme nous, au fond !
Abruti a tout de même un petit caractère bien à lui !
C’est un animal avec un tempérament hors du commun.
Il est à la fois proche de l’homme mais il sait imposer ses volontés. C’est d’ailleurs ce qui le rend si attachant.
Tous les participants aux transhumances vers le marais - ces migrations pédestres du bétail entre les pâturages d’été et d’hiver, deux fois par an - se souviennent, par exemple, de cet épisode où sire Abruti, considérant que ces premières chaleurs de printemps n’étaient pas propices à cette longue marche, a d’autorité, avec la nonchalance et la fermeté qui le caractérisent, décidé de sortir du rang pour aller se mettre à l’ombre dans un bois. Personne, mais absolument personne, ne parvenait à le déloger. Il a donc gentiment attendu à l’ombre des arbres que j’aille récupérer la bétaillère, dans laquelle il a embarqué sans broncher pour finir le voyage. Sa douceur innée et son caractère facétieux ont fait de lui, à l’unanimité, la mascotte de la ferme et des citoyens qui en suivent la vie quotidienne.
Mais voilà, la race bovine Maraîchine est une race à très faibles effectifs et pour assurer une démarche conservatoire de qualité et éviter les risques de consanguinité, les taureaux sont la propriété de l’association de sauvegarde de la race. C’est elle qui gère leur affectation dans les élevages. Pour des raisons financières évidentes, les taureaux en fin de carrière de reproducteur sont réformés, un doux euphémisme pour dire qu’ils partent à la boucherie.
Quand l’heure d’Abruti fut venue, l’émotion était vive.
En difficulté sévère de trésorerie sur la ferme en raison du non-paiement des aides dues par l’État depuis plusieurs années, il n’était pas complètement raisonnable d’en faire l’acquisition. Mais alors que j’étudiais quand même très sérieusement la question, refusant de me séparer de mon compagnon dans de telles conditions, Stéphanie (mon épouse !), me voyant visiblement très affecté par cette nouvelle, lance une cagnotte citoyenne afin de solliciter une contribution permettant de m’offrir ce magnifique cadeau pour mon anniversaire.
En quelques jours, grâce à une mobilisation incroyable, la somme nécessaire a été rassemblée pour pouvoir acheter Abruti à l’association. Mon compagnon est donc resté à Berthegille grâce à un collectif de citoyens donateurs, soutenant les activités de la ferme, auprès desquels je me suis engagé à prendre soin de lui jusqu’à sa mort naturelle au milieu des prairies. Et je trouve cela tellement satisfaisant ! Nous devrons d’ailleurs prochainement reconduire ce dispositif pour assurer le même destin à Neptune.
Abruti coule aujourd’hui des jours paisibles en compagnie de son inséparable et fidèle compagnon, l’imposant mulet poitevin Lustucru, dont l’histoire et la personnalité sont également captivantes.
Voilà l’histoire que raconte la photo de cette couverture.
Une forme de complicité, de relation fusionnelle entre l’homme et l’animal, ici capturée par le regard affûté de la jeune photographe Coline Le Moing Photographies. Une image qui correspond au quotidien de cette ferme."
https://www.val-de-seudre-identi-terre.com/carnet-de-deuil-…

 



10/12/2020
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