Benoît Biteau, paysan agronome

Benoît Biteau, paysan agronome

BASSINES : DES AGRICULTEURS SONT SUR LA RÉSERVE

Vienne - Poitiers -

Bassines : des agriculteurs sont sur la réserve

12/07/2017 05:46
 
Jean Lucas (FNSEA) et Philippe Tabarin (Coordination rurale) partagent la même analyse. - Jean Lucas (FNSEA) et Philippe Tabarin (Coordination rurale) partagent la même analyse.
 
Jean Lucas (FNSEA) et Philippe Tabarin (Coordination rurale) partagent la même analyse.

Le monde agricole est bien plus divisé qu’on ne le croit sur le projet des 41 réserves de substitution d’eau, au point de transcender les chapelles syndicales.

 
 
 

 n peut agir en toute légalité, être soutenu par l'État, et ne pas faire l'unanimité. Les quarante et un projets de stockage d'eau prévus (*), d'ici 2022, dans la Vienne (11.091.145 m3 d'eau stockée pour un coût de 72.092.442 €) font polémique. Certes, l'État a décidé de désigner, en 2013, un organisme unique de gestion de l'eau (OUGC, piloté par la Chambre d'agriculture) pour réduire de 50 % les prélèvements dans le milieu (de 33 à 17 millions de m3).

" Tout a été géré par la peur et le chantage "

Oui, la démocratie s'exerce lors des différentes enquêtes publiques et dans les colonnes de nos journaux. Mais le dossier, malgré sa forte teneur en eau, continue de sentir le soufre malgré les arguments développés par Gilles Chevallier, président de l'Adiv (Association des irrigants de la Vienne) martelant que le « stockage peut permettre de pallier les incertitudes météo et ne servira pas qu'au maïs » (journal du 10 mai). Ou ceux du président de la Chambre d'agriculture, Dominique Marchand, affirmant « qu'il y aura un bénéfice pour le milieu et le contribuable » (journal du 20 mai).
Fait rare, les bassines divisent le monde agricole. Habituellement, dans les cours de ferme, on n'aime pas beaucoup la polémique. Mais force est de constater que ces projets créent une situation inédite. Les critiques s'élèvent désormais au sein même du monde irriguant et au sein du syndicat majoritaire, la FNSEA. Les digues cèdent. Au point de transcender les chapelles syndicales.
Jean Lucas, agriculteur à Saint-Romain et membre de la FDSEA 86, a refusé le projet en créant sa propre association d'irrigants, Agr'eau Clain (80 irrigants dans le sud Vienne), en 2012. « La particularité de ce projet est de contraindre les gens, affirme-t-il. Tout a été géré par la peur et le chantage. Pour conserver la totalité de son volume prélevé, on force les irrigants à adhérer aux projets de création de bassines. » 
Deux courriers distincts, datés de mars et avril 2014, prouvent cette « contrainte. » Le premier a été adressé par la Direction départementale des territoires (DDT). « Le volume autorisé est maintenu si vous êtes adhérent de l'une des Sociétés coopératives anonymes de gestion (SCAG) de l'eau du Clain ; réduit si vous n'êtes pas adhérent à une SCAG. » Une semaine plus tard, le courrier adressé conjointement par la Chambre d'agriculture, l'Adiv et le Res'eau Clain est encore plus explicite : « Sans effort de stockage de votre part, l'arrêt de l'irrigation sera la seule solution qui restera. » 
Les irrigants d'Agr'eau Clain ont refusé d'intégrer les coopératives. Quitte à perdre leurs volumes d'irrigation. « Nous voulons faire savoir notre différence. Nous avons été diabolisés par ce projet autoritaire. On a voulu se calquer sur l'exemple de départements voisins. Tout le monde dans les campagnes espère que ça ne se fera pas. Les bassines arrivent même à fracturer l'entente dans certaines familles. Tous les agriculteurs n'ont pas envie de payer pour ces projets, ni même de les intégrer. » Ils sont en effet un certain nombre, notamment dans le maraîchage (lire ci-contre) à s'interroger sur la viabilité économique d'une telle entreprise. Même financée à hauteur de 70 % par l'argent public.

 (*) Selon le prévisionnel du Contrat territorial pour la gestion quantitative de la ressource en eau sur le bassin du Clain, quinze bassines sont prévues sur le bassin du Clain moyen, six autres sur l'Auxances, autant sur la Pallu (l'enquête publique débutera en fin d'année), six sur la Dive Bouleur Clain amont (DBCA) et huit autres sur la Clouère.

repères

Ils changent leurs cultures ou contractent une assurance

Jean Lucas a été rejoint dans son opposition au projet des réserves par Philippe Tabarin, le président de la Coordination rurale de la Vienne. L'agriculteur de La Ferrière-Airoux, qui irrigue 50 ha de maïs dans sa ferme de 170 ha, estime qu'il faut changer de logiciel. « Cette année, je n'ai pas planté de maïs mais du tournesol. Le coût des bassines est exorbitant. Ils ont besoin de tout le monde pour les financer mais ils ne veulent pas partager l'eau. » 
Sur ses terres (130 ha dont 45 ha de mais grains irrigués), Jean Lucas, a trouvé une autre solution en contractant une assurance pour couvrir la perte de son chiffre d'affaires en cas de coupure d'irrigation (1.400 € par ha). L'irrigant plaide pour « une liberté de choix individuelle des irrigants, le maintien des petits volumes, la restriction d'irrigation si c'est la meilleure solution économique, des réserves partielles plutôt qu'un méga-stockage, un assouplissement de la réglementation pour les cas de remplissage par eau de ruissellement et un déplacement des productions à valeur ajoutée vers l'eau plutôt que l'inverse. »

le chiffre

7,59

C'est, en euros, le coût estimé par m3 (comprenant la distribution de l'eau dans les champs), pour un agriculteur utilisant une des bassines du Clain moyen. Certains irrigants, comme ceux de l'Auxances, seraient plus chanceux (2,22 € du m3). Sachant qu'on estime la consommation en eau à 2.000 m3/ha pour atteindre un niveau de productivité élevé sur du maïs, la facture en fonctionnement pourrait s'avérer énorme pour les irrigants.

 

Lien et article d'origine, Nouvelle République : http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Actualite/Economie-social/n/Contenus/Articles/2017/07/12/Bassines-des-agriculteurs-sont-sur-la-reserve-3165182



13/07/2017
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 686 autres membres