Benoît Biteau, paysan agronome

Benoît Biteau, paysan agronome

Barrage de Sivens: un ouvrage contesté par le ministère de l'Écologie depuis? 2013

Barrage de Sivens: un ouvrage contesté par le ministère de l'Écologie depuis… 2013

 

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Deux experts sollicités par Ségolène Royal estiment que le barrage n'est pas une bonne idée, que la mise en place du chantier repose sur des calculs erronés mais qu'il est impossible d'arrêter les travaux.

Le barrage de Sivens concentre les critiques, et pas seulement celles des opposants. Le 29 septembre, Ségolène Royal, la ministre de l'Écologie, missionnait deux experts, Nicolas Forray et Pierre Rathouis, ingénieurs d'AgroParisTech, pour solliciter leur avis sur le barrage de Sivens. «C'est classique: quand il y a un souci ou une forte opposition, on commande un rapport», ricane un ex-ministre de l'Environnement.

Si, après un travail de quatre semaines, les conclusions des deux experts rendues publiques lundi sont assassines pour la gestion du projet, elles ne remettent cependant pas en cause le barrage. «L'arrêt du chantier ne relève que du conseil général. Il semble difficile d'y procéder, compte tenu de l'état d'avancement des travaux et des engagements locaux et régionaux pris avec la profession agricole», écrivent-ils dans leur conclusion. En résumé, il ressort des 57 pages du rapport de la mission que le barrage n'est pas une bonne idée, que la mise en place du chantier repose sur des calculs erronés mais qu'il est impossible d'arrêter les travaux.

Tout au plus les experts proposent-ils des solutions à la marge pour «améliorer le projet», notamment pour «assurer la conformité avec les règles de financement en agriculture». Que reprochent ces ingénieurs experts mandatés par le ministère de l'Écologie? «Le choix d'un barrage en travers de la vallée a été privilégié sans réelle analyse des solutions alternatives possibles», écrivent-ils. Plus grave, «la mission conclut à une surestimation des besoins de substitution de l'ordre de 35 %». Le rapport pointe enfin la mise en avant du modèle de «substitution-sécurisation», très favorable à la délivrance de fonds publics. Aujourd'hui, seuls les projets de retenue de substitution s'inscrivant dans un projet de territoire peuvent bénéficier d'un soutien financier des agences de l'eau. Le plan de création de retenues d'eau soutenu par les agences de l'eau avait été lancé en 2011 sous Nicolas Sarkozy, avant d'être suspendu à l'arrivée de Delphine Batho au ministère de l'Écologie (juin 2012).

Facture exorbitante

En réalité, les services de l'État avaient tous les éléments en main, et ce dès le printemps 2013, pour se prononcer sur le bien-fondé du barrage. Ainsi, le 22 avril 2013, le ministère de l'Écologie adressait-il un courrier au préfet du Tarn pour lui signifier que «ce dossier a reçu un avis défavorable à une forte majorité de la commission faune (16 voix pour un avis défavorable, 2 voix contre, aucune abstention)». Le CNPN, Conseil national de la protection de la nature (commission administrative missionnée et présidée par le ministre chargé de la protection de la nature), se prononçait donc contre le projet.

Dans un second avis défavorable rendu le 8 février 2013, le CNPN notait encore: «Une des importantes interrogations sur le dossier sont les calculs de débit et les besoins en eau affichés (…). Or l'analyse initiale de ce projet date de 2001, actualisée en 2009 mais sur les mêmes bases de départ. Ne serait-il pas possible de soumettre cette analyse à une expertise indépendante?»

Autre critique, le coût de l'opération: 8,5 millions d'euros de travaux pour la seule mise en place du barrage (les frais d'exploitation et d'entretien n'étant pas inclus). Les connaisseurs du dossier dénoncent une facture exorbitante. La somme est à partager à hauteur de 50 % pour les agences de l'eau (établissement public de l'État placé sous double tutelle du ministère chargé de l'environnement et sous celle du ministère chargé des finances), de 30 % pour l'Union européenne, de 10 % pour le conseil général du Tarn et de 10 % pour celui du Tarn-et-Garonne. «Le coût sera de l'ordre de 6 euros le mètre cube d'eau stockée, contre 3 euros maximum observés d'habitude avec des barrages classiques», explique Benoît Biteau (Parti radical de gauche), administrateur de l'Agence de l'eau Adour-Garonne et par ailleurs vice-président de la région Poitou-Charentes.



02/03/2016
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